RARE COFFRET

Estimation : 15 000/20 000 €

Prix de vente : 168 300 €

RARE COFFRET EN IVOIRE, Sri Lanka (probablement région de Kandy), XVIIème siècle. 
Dim : 21.5 X 28.5 X 16.5 cm. 
Restaurations d’usage anciennes. 
Très légers éclats aux bordures inférieures de l’abattant, manque une clavette et trois clous. 
Réalisé sur bâti de bois exotique (Jacquier ?) en forme de châsse, ouvrant par un abattant à charnière haute sur un des côtés pentus et par deux tiroirs en façade retenus par des clavettes placées à l’intérieur du compartiment supérieur, reposant sur quatre pieds tournés. 
L’entière surface apparente du coffret est recouverte de plaques d’ivoire fixées au bâti par de petits clous dorés. 
Riche décor tapissant ciselé de complexes rinceaux feuillagés et fleuris, peuplés d’écureuils géants de Ceylan et de perroquets accompagnant des Narilata-vela. Sur la plaque intermédiaire entre l’abattant et les tiroirs, ainsi que sur les plaques latérales, se trouvent des Kinnaris. 
Poignées latérales, charnières et plaque d’entrée de serrure dorées. 
Numéros anciens à l’encre sous le coffret : 5052 et N°18 (ou 19) 
Pour des coffrets similaires ou proches sur le marché et conservés en musées : 
- ADER, Paris, vente du 08 octobre 2012, lot n° 102. 
- GALERIE AMIR MOTASHEMI, Londres, catalogue TEFAF 2018, Lot n° 17, PP. 38-41. 
- Un coffret en ivoire sculpté dont la clef est identique est conservé au Rijksmuseum (BK-1970-8) 
- Une boîte à bijoux de forme circulaire dont le décor est très proche est conservée au Museum für Asiatische Kunst der Staatlichen Museen de Berlin (Nr. I 383). 
- Une boîte à décors de kinnaris et rinceaux est conservée au Victoria and Albert Museum de Londres (IS 13-1896). 
- Un coffret à couvercle pentu en ivoire massif de dimensions proches est conservé au Victoria and Albert Museum de Londres (8495-1863). 

L’extraordinaire décor des coffrets Sri Lankais des XVIème et XVIIème siècles reflète les rapports entre le monde Oriental et le monde Occidental, incarné par les Portugais dans un premier temps puis les Hollandais à partir de 1658. L’interaction des deux cultures a donné lieu à des créations artistiques uniques, à l’iconographie typiquement autochtone mêlée aux formes européennes. 
Notre coffret est couvert d’une série de motifs traditionnels Sri Lankais au contenu symbolique complexe répartis sur l’ensemble de la surface. Ces décors, empruntant à la mythologie bouddhique et hindouiste, sont élaborés sur le principe du mandala. 
Si, à part les quatre putti représentés sur les tiroirs, le décor relève de l’iconographie asiatique sans référence claire aux codes de l’art Occidental, la forme même du coffret est typiquement européenne. Cette forme de châsse, rare et encore très médiévale dans son aspect, n’est pas sans rappeler certains des coffrets destinés aux portugais au XVIème siècle, tels que le célèbre Robinson Casket, conservé au Victoria and Albert Muséum (IS.41-1980). D’une grande rareté, ces coffrets étaient généralement des cadeaux diplomatiques ou privés destinés à des commanditaires prestigieux. 
Au centre de l’abattant, se trouve un motif nommé Panca-nari-geta (ou noeud de cinq femmes). Il est composé d’une divinité centrale assise jambes croisées en tailleur, entourée de quatre nymphes célestes, les Nari-lata-vela. 
Les Nari-lata-vela sont des femmes-fleurs mythiques, traditionnelles dans les décors Sri Lankais. On les retrouve associées dans de complexes compositions codifiées, prenant des pauses acrobatiques afin de former un motif. Elles sont représentées coiffées d’un haut chignon, vêtues d’un long pagne et parées d’un collier et de bracelets. Le pagne semble correspondre au style vestimentaire n° 7 de la période du royaume de Kotte (1551-1597) décrit par Priyanka Virajini Medagedara Krunaratne, du département des textiles et vêtements de l’Université de Moratuwa, Sri Lanka, dans sa publication : Dress for dance, costumes during Kotte Period, 3rd International Symposium, South Eastern University of Sri Lanka, Oluvil, 2013. 
Sur notre coffret, le motif central de Panca-nari-geta de l’abattant est flanqué de scènes appelées Ashta-nari-ratha, (la pose du chariot de huit femmes). Une divinité sommitale portant collier et bracelets tient des fruits dans ses mains, assise sur la tête d’une autre divinité debout tenant un petit arc ; le tout est supporté par six Nari-lata-vela aux poses acrobatiques (deux forment un cercle pour faire les roues du chariot, deux autres sont assises sur elles et supportent les deux dernières qui soutiennent la divinité sommitale). 
Sur les quatre faces du coffret sont représentées des Kinnaris. 
Dans la mythologie bouddhique et hindoue, les Kinnaris et leur pendant masculin les Kinnaras représentent les amoureux éternels. Si leur torse est humain, ils ont un corps et des pattes de cygne. Ils sont l’incarnation de la grâce et de la beauté. 
Ils sont décrits dans le premier livre du Mahābhārata : 
« Nous sommes sans fin amoureux et aimés. Nous ne nous séparons jamais. Nous sommes éternellement mari et femme ; nous ne devenons jamais mère et père. Nulle descendance n'apparaît dans notre giron. Nous sommes amoureux et aimés toujours embrassés. Nous n'admettons entre nous aucune autre créature demandant de l'affection. Notre vie est une vie de plaisir perpétuel. » 
Leur présence aux quatre points cardinaux de notre coffret pourrait faire penser qu’il s’agit d’un cadeau de mariage. 
Sur la pente arrière se trouvent encore deux scènes complexes encadrant une divinité. Ce motif est appelé Catur-nari-Palakkiya (ou palanquin de cinq femmes). Comme dans l’Ashta-nari-lata, la divinité sommitale tient des fruits et repose sur une autre divinité qui cette fois ne tient pas un arc mais des fruits. Elles sont encadrées et supportées par des Nari-lata-vela en équilibre instable qui entrecroisent leurs jambes et sont portées par une dernière assise en tailleur qui soutient l’ensemble.
Bibliographie et sources : 
- COOMARASWAMY Ananda Kentish, Mediaeval Sinhalese Art, Pantheon Books, New York, 1908, réédition de 1956. 
- FLORES Jorge, Re-exploring the links. History an constucted Histories between Portugal and Sri Lanka, Harassowitz Verlag, Wiesbaden, 2007. 
- GSCHWEND Annemarie Jordan & BELTZ Johannes. Elfenbeine aus Ceylon: Luxusgüter für Katharina von Habsburg (1507–1578). Cat. Exp. Zurich, Museum Rietberg Zurich, 2010. 
- JAFFER Amin & SCHWABE Mélanie, A group of 16th century ivory caskets from Ceylon, Apollo art the International magazine of the oriental art, 1-14, 1999. 
- JAFFER Amin, Luxury Goods from Indian, The art of the Indian Cabinet Maker, Londres, 2002, n°19, p. 52-53 
- SILVA Nimal, Arts and Craft of Kotte, Battaramulla : Cultural Department, 1998.