Jules-Frédéric Adolphe LÖEWE-MARCHAND

Estimation : 3 000/4 000 €

Prix de vente : 48 800 €

C’est l’âme antique de Myrrha, l’impie qui aima son père d’un amour sacrilège
Huile sur toile signée en bas à droite.
260 cm x 140 cm
Sur sa toile d’origine


Au dos, cachet de la World’s Colombian exposition de 1893 à Chicago.


Expositions :
- Paris, Salon de 1892, n° 1098
- Chicago, World’s Columbian Exposition, 1er mai-30 octobre 1893, n° 571.

 

Elève de Pils, Loewe-Marchand est un peintre d’histoire qui fait ses débuts au Salon de 1879. Il est récompensé par une médaille de seconde classe en 1882, puis de troisième classe en 1883, avant d’être remarqué au Salon de 1892 pour son oeuvre sur le mythe de Myrrha.
Georges Lafenestre écrit dans la Revue des Deux Mondes, en parlant du Salon : « La recherche de la beauté, saine et calme, telle que l’Antiquité et la Renaissance l’ont comprise, telle qu’elle éclate encore au milieu des laideurs maladies de la vie contemporaine, se retrouve encore dans quelques études sérieuses, une fille d’Ève, par M. Jules Lefebvre, couchée dans une attitude difficile, la Myrrha, de M. Loewe-Marchand, dessinateur un peu sec, mais précis et
des plus attentifs. »
Le choix du sujet par l’artiste reflète son désir de s’inscrire dans la grande tradition 
académique (sur le point de s’achever) de la peinture d’Histoire.
Myrrha, fille de Cinyras, roi de Chypre, est secrètement amoureuse de son père. Lorsqu’il annonce qu’il va la marier, Myrrha se désole et, aidée par sa nourrice Hippolyte, elle réussit à s’introduire dans le lit paternel. Lorsque ce dernier la reconnaît, horrifié, il tente de la tuer. 
Myrrha, fuit alors dans la nuit, enceinte de son père, et erre durant neuf lunes jusqu’à la terre de Saba. Elle supplie les dieux de la punir en lui interdisant aussi bien le monde des vivants que celui des morts. Les dieux l’entendent et la transforment en arbre. Les larmes qui lui échappent lors de sa transformation deviennent la Myrrhe. Elle enfante Adonis qu’elle expulse par l’écorce.
La scène de notre tableau n’est pas directement issue des Métamorphoses d’Ovide, mais illustre le chant XXX, v. 37-39, de L’Enfer de La Divine Comédie de Dante. Loewe-Marchand s’appuie sur le lien entre Antiquité mythologique et Renaissance.
Ce sujet a été également été illustré par Gustave Doré à la même époque.
Le thème, très fort, est propice à une iconographie tragique. Comme le souligne Lafenestre, le dessin de Loewe-Marchand est très sûr, précis. Cette qualité du dessin lui permet de traiter son sujet de manière quasi photographique, ce qui a pour effet de renforcer l’instant dramatique. Cette oeuvre fait partie des plus remarquées de sa production, à l’instar du Supplice d’un prisonnier de guerre, conservé au musée d’art et d’histoire d’Auxerre (numéro d’inventaire : 2013.1.17 ; 886.1 ; 776 (FNAC) ; RE 725), de dimensions comparables et qui fut présenté à l’Exposition Universelle de 1889 sous le numéro 951.
Après avoir été remarqué par les critiques du salon de 1892, Myrrha est la seule oeuvre que Loewe-Marchend choisit de présenter à Chicago.
L’Exposition est pour lui une formidable vitrine. Entre le 1er mai et le 30 octobre 1893, plus de 27 millions de visiteurs viennent admirer les merveilles présentées par 50 pays du monde entier.
Bibiliographie :
- BANCROFT, Hubert Howe. The Book of the Fair: An Historical and Descriptive Presentation of the World's Science, Art and Industry, As Viewed through the Columbian Exposition at Chicago in 1893. New York : Bounty, 1894.
- LAFENESTRE Georges, Les salons de 1892, Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 111, 1892 (p. 607-637).
- ROSSITER Johnson, A History of the World's Columbian Exposition Held in Chicago in 1893, D. Applelton and Company, New York, 1897.
- World's Columbian Exposition, 1893 : official catalogue. Part X. Department K. Fine arts / edited by the Department of Publicity and Promotion. W.B. Conkey, Chicago, 1893.