URNE DITE D'HIRTIUS

Estimation : 2000/3000 €

Prix de vente : 7 076 €

Rare urne en bronze à patine vert foncé, de forme cylindrique à décor en relief d'un homme blessé portant une couronne de lauriers sous un palmier, accompagné d'un putto et d'un jeune serviteur, encadré de deux bucranes.

Au dessus de la scène principale se trouve une inscription gravée : "DIS.M.HIRTIUS.C.ANNO.VIICX."

Au dos, un trophée d'armes.  Le couvercle, légèrement bombé, présente une frise de feuilles de chêne sur le pourtour, et une rosace feuillagée en son centre, suportant la prise en forme de bouton végétal (accidenté).

Le fond est relié au tambour principal au martelé.

Dim : 24 X 21.8 cm

Enfoncements et chocs anciens, prise cassée mais présente.

Constat d'état détaillé sur demande. 

Provenance :

- Découverte à Bavay en 1834 par Hector Bochard

- Colection Louis Royer

- Collection du comte de Renesse-Breidbach

- Collection du comte de Meester de Ravestein

Sources et bibliographie :

- Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, Tome III, Octobre 1834, PP. 124-128.

- Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie, huitième année, Bruxelles, Muquard, 1869, pp. 353-356.

- DELMAIRE Roland, Numismatique et épigraphie : sur les faux du nord de la France [article], revue du Nord, année 1981, p. 897.

- PARSIS-BARUBÉ Odile (dir.), SCHNAPP Alain (dir.), BEIRNAERT-Mary Véronique (dir.), MORANA BURLOT Delphine (dir.), KRINGS Véronique (dir.), Curieux antiquaires. Les débuts de l’archéologie à Bavay aux XVIIIe et XIXe siècles, Les débuts de l’archéologie à Bavay aux XVIIIe et XIXe siècles Bavay : Forum antique de Bavay, musée archéologique du département du Nord ; GAND : Snoeck, 2019,ISBN 978-94-6161-471-1, pp; 79-82.

 

Cette urne, dite d'Hirtius, est une pièce célèbre de l'archéologie du XIXème siècle. Son histoire extraordinaire en fait un objet de haute curiosité. 

Découverte le 27 novembre 1834 à Bavay, dans un champ bordant l'ancienne voie romaine reliant Bavay à Reims (Durocortorum), l'urne contenait de la poussière et des fragments d'os calcinés.

Elle fut identifiée à partir de la titulature comme étant l'urne cinéraire d'Hirtius, lieutenant de jules César, auteur du VIIIème tome de la Guerre des Gaules. La date inscrite, VIICX (710 ab urbe condita) correspond à l'année 43 avant J.C. époque du consulat et décès d'Hirtius.

A l'époque, la découverte fit grand bruit et la presse internationnale s'en empara (Gentleman's magazine, St Petersbugische Zeitung...)

Arthur Dinaux (1795-1864), historien, érudit, membre de la Société Nationale des Antiquaires de France, fut l'un des plus ardents défenseurs de la découverte, publiant une description très précise dans les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du midi de la Belgique. Cette description est à ce jour la seule connue des archéologues et historiens, l'urne n'ayant pas été présentée au public depuis 1869. 

Voici ce qu'en dit Arthur Dinaux : 

"[Si une vénération méritée s'attacha de tous tems aux débris,souvent frustes et informes, laissés par le peuple-Roi sur le solde ses anciennes conquêtes , combien l'admiration ne doit-elle pas s'augmenter quand elle a pour objet un de ces monumens antiques qui viennent éclaircir ou fortifier l'Histoire, et donner l'essor à quelque pensée ingénieuse ou utile aux arts ? Qu'on ne s'étonne donc pas du bruit causé dans le monde archéologique par la découverte d'un vase magnifique, faite le 27 novembre 1834, par le sieur Hector Bochard, de Bavai. Elle eut lieu à trois piedis de profondeur dans un champ situé à quelques centaines de pas de l'enceinte actuelle de la ville de Bavai , sur le bord de la route qui tend vers Avesnes , par Quartes (Quartensis locus , où était la quatrième pierre milliaire ), route qui n'est rien moins que l'ancienne voie romaine qui conduisait de Bavai (Bagacum Nerviorum) à Rheims (Durocortorum), capitale de la province de la Belgique seconde.] [Le monument trouvé est une urne en beau bronze antique, enduit d'une belle patine luisante d'un vert foncé; elle est de forme ronde, à base plate avec renfoncement en dessous de la profondeur du cercle inférieur du vase, lequel est coulé à part avec le fond, et rejointoyé après-coup au tambour principal.][Un bas- relief assez compliqué remplit la partie mitoyenne et principale de l'urne : il représente un guerrier de haute taille, dépouillé de ses vêtemens jusqu'à la ceinture, assis sur un tertre au fond duquel s'élève un palmier, il a le corps afľaissé, les jambes couvertes d'une draperie en désordre , la tête couronnée de lauriers mais tombant sur la poitrine comme s'il rendait le dernier soupir; une blessure au cou, dont le sang jaillit avec abondance, indique la cause de la mort du guerrier, dont la barbe épaisse et frisée en longs tuyaux à l’Egyptienne, laisse supposer un âge déjà avancé. Devant lui un serviteur à la figure jeune et imberbe, tenant d'une main une patène, et élevant l'autre en signe de détresse, montre, dans tous ses mouvemens, la peine et l'affliction que lui cause la mort du personnage principal. Un vase lacrimaloire , à double anse et à base conique, gît à ses pieds, et sa présence semble avertir que son usage va devenir nécessaire. Derrière le palmier , on voit un joli enſant ailé, presqu'en ronde bosse, agenouillé et essuyant un plat ou un miroir : il semble occupé à une opération toute emblématique; on dirait un génie protecteur du guerrier qui efface l'image ou le symbole d'une vie qui s'échappe, pour faire place aux souvenirs immortels des vertus et des belles actions dont la mémoire ne doit jamais périr.] [Précisément au-dessus du bas-relief principal, on lit l'inscription suivante : DIS M, HIRTIVS. C. ANNO VIICX. Cette inscription est faite à la main, en creux, et visiblement après la confection du vase mais toujours dans les tems antiques.] [Cette inscription donne au vase trouve à Bavai, déjà fort beau par lui-même, une valeur infinie. En effet, quand un monument antique est curieux sous le rapport de l'art et de l'exécution, de quel prix de devient-il pas lorsqu'il rappelle le souvenir d'un personnage illustre dans les armes et dans les lettres ! Hirtius, mentionné dans cette inscription, était l'ami intime de Cicéron, le lieutenant, le confident et le continuateur de Jules César. Il composa, à la sollicitation de Balbus, le huitième livre de laGuerre des Gaules qui sert de supplément aux Commentaires du grand capitaine romain...]

Suite à cette publication, Hector Bochard vend l'urne à un notable local, M. Royer. Ce dernier revend l'urne au comte de Renesse-Breidbarch, collectionneur renommé, vice-président du sénat de Belgique. Elle est revendue avec la collection à Gand en avril 1864 au comte Emile de Meester de Ravestein (1812-1889). Ce dernier, en poste diplomatique à Rome, conçoit des doutes sur l'authenticité de l'objet et s'en défait.

Cette pièce de grande qualité d'éxécution est une mystification faite à Arthur Dinaux et aux spécialistes de l'époque. Certaines hypothèses ont attribué l'éxécution de cette urne à un atelier padouan de la renaissance, d'autres à un faussaire Hollandais.