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Luc-Olivier MERSON (1846-1920)

Date de vente: samedi 11 mars 2017 Estimation: 6 000/8 000 € Prix de vente: 18 422 €

Luc-Olivier MERSON (1846-1920)

Les Vierges mères.

Huile sur panneau de peuplier signée en bas à droite LVC OLIVIER MERSON, datée MDCCCCXI. 

Au dos, cachet de l'exposition posthume de l'artiste à l'Ecole Nationale de Beaux Arts de Partis en mai 1921.

Dim. : 39 X 61 cm

Expositions : 

Les pompiers, Paris, Galerie Georges Petit, 1912.

Exposition posthume des œuvres de l'artiste, Paris, École Nationale des Beaux-Arts, 1921.

 

Bibliographie : 

Harper's New Monthly Magazine, article consacré au repos pendant la fuite en Egypte.

Exposition de l’œuvre de Luc-Olivier Merson, Paris, École Nationale des Beaux-Arts, mai 1921, catalogue d’exposition, Paris, 1921.

Anne-Blanche Stévenin, Francis Ribemont, L’étrange Monsieur Merson, Rennes, Musée des Beaux-Arts,

10 décembre 2008 - 8 mars 2009, catalogue d’exposition, éditions Lieux dits, Lyon, 2008.

 

Musées :

Les Vierges Mères, Photographie de la gravure du tableau par  Braun & Cie, 1912, Nantes, Musée des Beaux-Arts.

Étude pour les Vierges Mères, 1889, Fusain et gouache sur calque collé sur papier, Moulins, Musée Anne de Beaujeu, Inv. 82.5.135.

 

Ventes publiques :

PIASA, N° 120 de la vente du 12 novembre 2012,  La fuite en Égypte, étude de la Vierge, Dessin à l'encre et lavis sur papier beige.

 

Réalisé à la suite de sa célèbre série du repos durant la fuite en Égypte dite « au Sphinx », ce tableau était jusqu'à présent considéré par les spécialistes comme perdu ou tout au moins non localisable, il n'a donc plus été vu du public depuis l'exposition de 1921. Sa nouvelle vision iconographique de l'épisode biblique, inédite dans le travail, du peintre en fait une œuvre religieuse très symbolique, témoin de l'évolution picturale de l'artiste.

 

« Monsieur Merson envoie chaque année au salon des compositions énigmatiques devant lesquelles la foule fait halte avec la mine ébahie d'un instituteur de village à qui on soumettrait un texte égyptien » Émile Zola, salon de 1875.

 

Relaté dans les évangiles apocryphes, le thème de la fuite en Égypte, et plus particulièrement l'épisode du repos, est issu d'une iconographie ancienne, chérie de la grande peinture d'Histoire. C'est un sujet idéal à l'époque où la peinture est marquée par  l'empreinte du peintre Jean-Léon Gérôme.

Ce moment a inspiré à Luc-Olivier Merson deux séries de tableaux illustrant cet épisode. 

Le peintre a choisi de représenter le moment où la Sainte famille se repose pendant la nuit, à l'ombre de ruines Égyptiennes. Il prend soin de jouer avec la lumière provenant de deux sources : la lune éclairant la scène etle rayonnement de l'Enfant Jésus.

 

L'œuvre initiale de la première série, représentant la Vierge tenant l'Enfant Jésus, abritée entre les pattes du Sphinx (conservée au Museum of Fine Art, Boston N°18.652), est présentée à Paris en 1879 au salon des artistes français. 

Elle connut immédiatement un succès spectaculaire, influençant largement et durablement les différents aspects de la vie artistique de l'époque.

En 1893, Frederick Rape présente au salon de la société Nationale des Beaux Arts une variation sur ce sujet ; Agnès Repplier écrit le poème "Repos en Égypte" ; le poète français Albert Samain compose Le repos en Égypte : "la nuit est bleue et chaude et le calme infini (…)". Même George Bernard Shaw est marqué par cette influence lorsqu'il écrit sa pièce César et Cléopâtre où il substitue Cléopâtre à la Vierge. Il relatera  son inspiration dans une lettre écrite à Hesketh Pearson en 1918.

 

L'immense succès du tableau conduit Merson à produire au moins deux autres versions « au sphinx », dont un exemplaire datant de 1880 est conservé à Nice, au musée Chéret (inv 2075). Pour l'autre exemplaire, voir la vente Sotheby's des 26 et 27 octobre 2006, n°55.

 

Avant 1889, ses réflexions le mènent à prendre une nouvelle direction et à entreprendre une nouvelle série très différente et teintée de modernité, où l'artiste choisit de représenter la scène de manière plus intime, moins théâtrale. Tout en gardant l'atmosphère de sérénité et de douceur surnaturelle de la première série, Merson apporte une dimension symbolique très forte mettant en parallèle direct la Vierge et la déesse Isis. 

De cette nouvelle approche naîtront deux tableaux. 

Le premier, peut-être peint dès 1880, ne nous est connu que par une gravure datant de 1889 publiée dans le Harper's New Monthly Magazine dans un article consacré au thème du repos pendant la fuite en Égypte et intitulé A l'ombre d'Isis.

 

La seconde version (le tableau ici présenté) est réalisée en 1911. Présentée au salon Les Pompiers en 1912 à la galerie Georges Petit sous le n° 51 portant le titre Les Vierges mères, puis à l'exposition posthume des œuvres de Luc Olivier Merson à l’École Nationale de Beaux Arts de Paris, en Mai 1921.

 

Peinte sur panneau de bois tendre, l’œuvre est d'une touche très fine, très graphique, utilisant très peu de matière. 

Cette technique renforce l'atmosphère intime se dégageant de la scène. Les deux figures principales se font face : Isis allaitant Horus dans la lumière de la lune et la Vierge allaitant l'Enfant Jésus à l'ombre de l'antique temple en ruine mais éclairée par la lumière divine de son fils. L’effet de syncrétisme est très réfléchi : d'une part Isis, immense et antique, prête à disparaître, recouverte par les sables du désert avec les restes de l'ancien monde ; d'autre part la Vierge, petite et fragile en comparaison de l'immense statue païenne, mais vivante, représentant l'avenir dans la continuité du geste éternel de l'allaitement. Cette version montre l'évolution du thème cher au peintre dans son esprit. Il s 'est débarrassé des artifices visuels qu'il avait déployés dans la première série, héritage de la grande peinture d'histoire, et a tiré la quintessence du message symbolique, pur, fragile jusque dans sa touche, mais en même temps d'une force réelle et nouvelle. 

 

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